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Full text of "Discours de mgr. le comte de Paris: prononcés à New York (20 septembre, 1890) et à Quebec (28 ..."

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I 




DISCOURS 



M°^ LE COMTE DE PARIS 

PRONONCÉS A NEW-YORK 
(20 septembre rfi()o] 



QUEBEC 
( aS octobre tSi^o ). 



PARIS, 

H. CHAMPION, LIBRAIRE 

9, OtiAI VOI.7A1UE, ri 






0.5-5 



DISCOURS 



DE M*^» LE COMTE DE PARIS 



PARIS. — IMP. GAUTHIER-VILLARS ET FILS, 

55, quai des Grands-Augustins, 55. 



r ' 



Ï-- 



TZ3 



H 399680 



DISCOUR 



M"-^ LE COMTE DE 

PRONONCÉS A NEW-YOa 
(20 septembre tSgo] 




11. CHAMPION, I.llîliAJ, 

0, Ot'Al VOLTAIRE; 



r--- 

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Z5. 



DISCOURS 



DE M-^» LE COMTE DE PARIS 



DISCOURS 

DE M°^ LE COMTE DE PARIS 

Q^u Banquet offert à Ne%p- York, 
par les anciens officiers de V armée 

du Potomac, 
le 20 septembre i8go. 



Messieurs et chers anciens Camarades, 

En me retrouvant, au bout de vingt-huit 
ans, au milieu de mes anciens compagnons 
d'armes, ma première pensée est un sen- 
timent d'humble reconnaissance envers le 
Dieu tout-puissant qui tient nos vies entre 
ses mains et dont la bonté a bien voulu 
permettre qu'après un si long temps écoulé, 
vous vous trouviez réunis ce soir, en aussi 
grand nombre, pour me souhaiter la bien- 



2 DISCOURS DE Mg»" LE COMTE DE PARIS. 



venue. Bien des hivers ont semé leur 
neige sur nos têtes depuis que nous nous 
sommes vus pour la dernière fois, et il m'a 
semblé en posant le pied sur ce rivage, 
que je ressemblais un peu à ce vieux Rip 
Van Wrinkle dont la légende raconte 
qu'après avoir dormi cent années dans la 
montagne, il s'avisa un jour de descendre 
pour visiter son ancienne demeure. 

Je doute, en effet, que durant ce sommeil 
de cent années, aucun pays ait été témoin 
d'aussi grands changements que le vôtre 
dans ce quart de siècle qui a semé nos 
barbes et nos cheveux de quelques fils 
d'argent. Mais combien y en a-t-il, hélas ! 
parmi nos anciens camarades, dont la 
mémoire est encore vivante dans notre 
cœur et qui, cependant, ne sont plus là 
pour répondre à l'appel ! Je n'entrepren- 
drai pas de nommer tous ceux que j'ai 
connus autrefois et qui ont échangé les 



DISCOURS DE Mg»" LE COMTE DE PARIS. 3 

fatigues et les épreuves de ce monde 
contre le repos et la paix de la Justice 
éternelle. Mais laissez-moi, cependant, 
payer le tribut de nos regrets aux plus 
éminents de ces guerriers disparus. Je 
citerai en première ligne le nom de mon 
illustre chef, le créateur de la grande armée 
du Potomac, le modèle achevé à la fois du 
soldat et de Thomme d'honneur, qu'amis 
et ennemis avaient appris à respecter éga- 
lement, le général Mac Clellan. Puis je 
rappellerai les noms du vieux Junner, le 
Taureau des bois, de Mac Dowell, de 
Burnside, de Meade, de Sheridan, d'Han- 
cock, de Hooke, et je terminerai par celui, 
illustre entre tous, de Grant, qui n'appar- 
tenait pas, à proprement parler, à l'armée 
du Potomac, mais que son heureuse étoile 
a appelé à en prendre le commandement à 
l'heure de la lutte décisive et du triomphe 
final. 



DISCOURS DE m' LE COMTE DE PARTS. 



Enfin, aux noms de ces glorieux soldats, 
j'associerai celui du grand citoyen qui a été 
la plus illustre victime de votre guerre 
civile, qui est mort pour son pays de la 
mort des martyrs : Abraham Lincoln. A 
cet hommage que je rends à sa mémoire, 
je ne puis m'empêcher de joindre le témoi- 
gnage de ma reconnaissance personnelle 
pour le cordial accueil que mon frère et moi 
nous avons reçu de lui, car je me rappelle 
et me rappellerai toujours la bonne grâce 
avec laquelle, toutes les fois qu'il venait 
au quartier général discuter quelque plan 
de campagne, il trouvait le temps d'échan- 
ger avec les jeunes aides de camp de Mac 
Clellan quelques mots de conversation 
amicale. 

Si je ne puis nommer tous ceux qui ne 
sont plus, à plus forte raison, Messieurs, 
m'est-il impossible d'exprimer comme je 
le voudrais à chacun de vous mes senti- 



DISCOURS DE Mgf LE COMTE DE PARIS. 5 

ments de sympathie et de reconnaissance 
pour l'accueil que vous m'avez fait. Mais je 
ne saurais mieux traduire ces sentiments 
qu'en adressant mes remerciements à mon 
ami le général Butterfield et à tous ceux 
qui ont été avec lui les organisateurs de 
cette réunion. C'est avec une égale grati- 
tude que je salue ici la présence du vaillant 
commandant en chef de l'armée des États- 
Unis et de son illustre prédécesseur. 

Parfois, Messieurs, il est arrivé que de 
grandes guerres n'ont pas engendré de 
grands généraux. Ce n'est pas le ca» pour 
votre guerre civile, qui a donné U den 
hommes tels que Grant, Loe on JoUuhUju, 
l'occasion de déployer de grandc'i* ^itm\ti4H 
militaires et qui a im^rit leur^ nomn thun 
le livre de Thistoire, 

Mais il arrive parfol» iiUHki qu^^^ (Uiim 
une guerre, dont le» c^yf^ditjori^ '/lit éU 
d'une oatiire tout ^^x/^tj^pii^/hh^^AUt^ un ww* 



6 DISCOURS DE Mg»* LE COMTE DE PARIS. 

homme devient, par son génie militaire 
et ses exploits, le représentant le plus ac- 
compli de la nouvelle génération d'offi- 
ciers élevés à cette rude école. L'homme 
que les circonstances^ ont ainsi révélé 
est ce soir parmi nous : c'est le général 
Sherman. 

Vingt-huit ans se sont déjà écoulés 
depuis le jour où j'abordais ici pour la pre- 
mière fois. Je vous apportais alors ma 
jeunesse, mon goût pour les aventures, et 
une épée qui n'était jamais sortie du four- 
reau. C'était à l'heure de vos difficultés les 
plus graves, et peut-être fallait-il alors un 
certain courage moral pour affirmer, à 
rencontre des préjugés de l'Europe, une 
foi absolue dans le triomphe final de votre 
Constitution et de votre cause. Les nom- 
breux témoignages de sympathie que j'ai 
reçus ont été pour moi la meilleure des 
récompenses et ont établi entre la nation 



DISCOURS DE MS"^ LE COMTE DE PARIS. 



américaine et ma famille les liens d'un 
attachement solide. 

Laissez-moi vous rappeler que cet atta- 
chement tire son origine d'événements 
plus anciens, puisqu'il remonte aux pre- 
miers jours de votre existence comme 
nation indépendante. Le nom de Bourbon 
qui se lit si souvent dans la carte de votre 
pays, montre la popularité que la Maison 
de France doit à l'aide si généreusement 
prêtée par elle, sous le règne de Louis XVI, 
à votre colonie émancipée. La génération 
qui vous a précédé n'avait pas oublié non 
plus comment mon grand-père, le roi 
Louis-Philippe, après avoir été lui-même 
l'hôte de Washington (à Mount-Vernon), 
avait coutume de recevoir les Américains 
qui visitaient la France alors qu'il était sur 
le trône. 

La sympathie que j'ai pu mériter à mon 
tour pour m'être enrôlé sous la bannière 



8 DISCOURS DE Mg"" LE COMTE DE PARIS. 



étoilée quelques semaines après la bataille 
de BuU-Run, je dois la partager avec mon 
oncle le prince de Joinville et avec mon 
frère le duc de Chartres, le légendaire 
Robert le Fort des tristes jours de 1870. 
Tous deux encore, grâce à Dieu, pleins de 
vie et d'activité, mais retenus par d'impé- 
rieux devoirs, n'ont pu, malgré leur vif 
désir, m'accompagner dans ce voyage ; ils 
m'ont chargé de vous apporter leurs sou- 
venirs et leurs vœux. 

Quepouvais-je, Messieurs, vous apporter 
de plus en ce temps de paix et de prospé- 
rité? Un livre? En effet, quelques-uns 
d'entre vous peuvent le savoir, j'ai entre- 
pris d'écrire avec impartialité une histoire 
générale de votre grande guerre civile et 
d'élever ainsi un monument à la mémoire 
des luttes héroïques où se sont mesurées 
les deux armées du Nord et du Sud. Mais 
mon œuvre n'est pas terminée, la vie 



DISCOURS DE MS"" LE COMTE DE PARIS. 9 

errante d'un exilé n est guère favorable à 
rachèvement d'une si longue entreprise. 

J'ai cru mieux faire et je crois que vous 
m'avez approuvé de vous amener mon fils. 
Je l'ai amené, parce que je suis fier de lui. 
Déjà, par un acte hardi, il a su montrer 
combien il aimait son pays et quel ardent 
désir ranimait de remplir ses devoirs de 
soldat. Il a pensé, comme moi, que rien 
ne pouvait être plus intéressant et plus in- 
structif que de visiter votre belle et glo- 
rieuse contrée. Nous venons de suivre 
ensemble la trace des armées qui ont foulé 
le sol de la Virginie, du Maryland et de la 
Pensylvanie, et en même temps que nous 
avons retrouvé, encore vivante, celle qu'ont 
laissée les vétérans de Rochambeau alors 
qu'ils combattaient côte à côte avec les 
jeunes troupes de Washington et les volon- 
taires de La Fayette. 

Vous pouvez juger quels sentiments ont 



10 DISCOURS DE Mg*" LE COMTE DE PARIS. 



fait battre notre cœur chaque fois que nous 
avons visité ensemble quelque site illus- 
tré par les exploits de cette vieille armée 
française qui a marché pendant des siècles 
sous la conduite de mes ancêtres, dans les 
rangs de laquelle plus de quarante membres 
de la Maison de France ont trouvé la mort 
et qu'unissent toujours à ma famille, en 
dépit des efforts faits pour les rompre, des 
liens indestructibles. 

Mais je n'ai pas borné ma visite à par- 
courir des champs de bataille. Que pou- 
vait-il y avoir en effet de plus intéressant 
pour moi que la correspondance qui s'éta- 
blissait à chaque instant dans mon esprit 
entre le spectacle dont j'avais été témoin 
autrefois et celui qui s'offrait aujourd'hui 
à mes yeux? Lorsque je débarquais à New- 
York, il y a vingt-huit ans, une chose 
m'avait surtout frappé : c'était le mélange 
de tristesse et de résolution qui se lisait 



DISCOURS DE Mg' LE COMTE DE PARIS. 11 



sur le visage de chacun. Chacun était 
triste, en effet, lorsqu'il voyait, non seule» 
ment la Constitution du pays foulée aux 
pieds, mais les citoyens d'une même na- 
tion, les soldats d'une même armée prêts 
à s'engager dans la plus grande guerre 
civile des temps modernes, et à tirer l'épée 
les uns contre les autres : 

Pares aquilas et pila ininantia pilis. 

Mais si la tristesse était profonde, non 
moins ferme était la résolution de ne re- 
culer devant aucun sacrifice et de prodi- 
guer, s'il le fallait, l'or et le sang pour 
maintenir la Constitution et pour sauver 
r Union, car nul ne voulait admettre la 
pensée qu'une seule étoile pût tomber de 
la bannière qui conduisait les soldats au 
combat et vers laquelle se tournaient les 
derniers regards des mourants. Je ne puis 
parler par expérience des sentiments qui 



12 DISCOURS DE MS*" LE COMTE DE PARIS. 



régnaient dans le parti opposé ; je ne doute 
pas cependant qu'on y ait trouvé une 
semblable tristesse et une résolution sem- 
blable. Même parmi ceux qui s'étaient 
prononcés avec le plus d'énergie en faveur' 
de la séparation et qui croyaient de leur 
droit et de leur devoir d'y travailler, je 
suis convaincu que personne ne pouvait 
attacher ses yeux sans regrets sur le vieux 
drapeau qui flottait au-dessus de la tête 
de Washington, lorsqu'il recevait à York- 
Town Tépée de Cornwallis, et lorsqu'il 
prêtait son premier serment comme Pré- 

r 

sidentdes Etats-Unis. Mais que leur réso- 
lution fût inébranlable également, et cela 
d'autant plus que la rupture de l'Union 
leur avait été plus douloureuse, le souvenir 
et le nom même de Stonewall Jackson 
suffisent pour l'attester. 

Ce sont ces sentiments de tristesse et 
de résolution qui ont préparé les voies à la 



nîsnouRS de us^ le comte de paris. 13 

grande réconciliation finale. Durant les 
épreuves de cette terrible lutte, les deux 
partis avaient appris à se respecter, je 
dirai plus, à s'admirer Tun Tautre. Aussi, 
lorsque la grande question qui était en 
suspens eut été décidée par le sort des 
batailles, le plus illustre représentant de 
la cause vaincue put-il serrer cordialement 
la main de son vainqueur sous le chêne 
historique d'Appomatox. Quelques se- 
maines après, le plus grand des dangers 
qui pouvaient menacer votre pays avait 
disparu. Les armées puissantes qui s'é- 
taient rassemblées comme les nuages noirs 
se rassemblent aux premiers éclats du ton- 
nerre, s'étaient dissoutes d'elles-mêmes 
comme ces flocons légers que le vent 
balaye, lorsque la tempête est finie, et, 
depuis lors, vous avez goûté sans trouble 
les bienfaits de la concorde et de l'union. 
Combien solide est aujourd'hui cette union, 



14 DISCOUBS DE Mg*" LE COMTE DE PARIS. 

j'en ai trouvé des preuves dans l'accueil 
qui m'a été fait à Richemond et je me 
souviendrai toujours d'avoir visité avec 
d'anciens officiers de l'armée confédérée 
quelques-uns des champs de bataille où 
j'avais combattu autrefois contre eux. 

Cette grande réconciliation a été l'œuvre 
de votre République, et votre République 
a pu l'accomplir parce qu'elle est essen- 
tiellement un gouvernement national. Je 
n'ai pas l'intention, comme vous le savez, 
de m' engager sur le terrain de la politique. 
Je ne puis cependant me défendre de rap- 
peler qu'il y a trois cents ans, mon pays 
a connu aussi les horreurs d'une guerre 
civile sanglante et qui avait mis en péril 
son existence même. Mais il a vu ses plaies 
pensées et sa grandeur rétablie par la 
politique paternelle et sage d'un pouvoir 
assez fort pour rallier tous les Français 
autour de son drapeau et ce pouvoir 



DISCOURS DE MB*" LE COMTE DE PARIS. 15 



était fort parce qu'il était un gouver- 
nement national. C'était la Monarchie du 
roi Henri IV. 

La Monarchie en France, comme la Ré- 
publique en Amérique, est et demeure, en 
effet, malgré un siècle de révolutions, la 
forme de gouvernement vraiment natio- 
nale. C'est pourquoi. Messieurs, vous qui 
êtes républicains, au sens le plus large et 
le plus noble du mot, vous devez cependant 
le comprendre. Les sentiments de fidélité 
et de dévouement à la vieille Constitution 
américaine, qui font votre honneur, ne 
sauraient exister en France à l'égard de 
la République qui est un gouvernement 
nouveau. Vous devez comprendre égale- 
ment qu'un grand nombre de Français 
demeurent fidèles aux traditions d'un passé 
glorieux et qu'ils considèrent comme un 
devoir patriotique de consacrer toute leur 
intelligence et toute leur énergie à pré- 



16 DISCOURS DE Mg»" LE COMTE DE PARIS. 



parer, par les moyens légaux, le retour de 
la Monarchie. 

Pour en revenir aux sujets qui vous 
concernent plus particulièrement, vous 
vous attendez sans doute. Messieurs, à 
apprendre de ma bouche ce qui m'a le plus 
frappé dans un pays où les changements 
et les progrès qu'amène la civilisation 
sont rœuvre, non pas des siècles, mais 
des années et presque des mois. 

J'ai passé si peu de temps parmi vous 
que c'est à peine si j'ai pu me rendre 
compte de vos merveilleuses découvertes 
dans l'ordre des sciences et de l'application 
que vous en savez faire au bien-être de 
l'humanité. Il ne m'a pas été non plus 
possible de mesurer vos progrès si rapides 
dans la voie de la production industrielle et 
agricole. Mais il y a une chose que je puis 
vous dire, c'est que, dans notre vieille 
Europe, où chaque pays paye au prix de 



DISCOURS DE Me»" LE COMTE DE PARTS. 17 



lourdes charges financières ses gloires 
anciennes ou récenies, nous n'assistons 
pas sans étonnement aux discussions qui 
s'élèvent entre vous sur le meilleur emploi 
à faire de l'excédent de vos revenus. Ces 
discussions nous font connaître un senti- 
ment analogue à celui que devait éprouver 
Aladin lorsqu'il se trouvait en présence 
des trésors renfermés dans la caverne 
merveilleuse. 

J'emprunterai encore, si vous le per- 
mettez, une comparaison aux Mille et une 
Nuits. Vous vous rappelez l'histoire de ce 
pêcheur qui, ayant trouvé une bouteille 
dans son filet, l'ouvrit imprudemment et 
en fit sortir un génie. Mais le génie devint 
bientôt si grand qu'il ne voulut plus ren- 
trer dans la bouteille et qu'il se mit à par- 
ler d'une voix quelque peu menaçante. 
Eh bien ! la France, qui a si puissamment 
contribué à votre émancipation, vous con- 



18 DISCOURS DE MS"" LE COMTE DE PARIS. 

temple un peu comme le pêcheur devait 
contempler le génie. Mais soyez assurés 
que nous n'avons aucune envie de vous 
faire rentrer dans la bouteille, car si nous 
admirons vos progrès, nous les voyons 
sans jalousie. Je ne veux pas m'aventurer 
sur le terrain brûlant de Téconomie poli- 
tique, mais je tiens à exprimer ici l'espoir 
sincère que deux pays qui n'ont jamais tiré 
l'épée Tun contre l'autre ne se trouveront 
pas engagés dans une guerre d'une autre 
nature qui pourrait, à la longue, coûter 
cher à chacun d'eux. J'ajouterai que je ne 
puis m'asseoir à vos tables hospitalières ni 
admirer comme je le fais souvent l'élégance 
des toilettes qui ajoutent encore à la grâce 
de vos femmes et de vos filles, sans me 
dire tout bas que vous ne prendriez peut- 
être pas facilement votre parti de vous 
passer de nos vins français et de nos soies 
françaises. 



DISCOURS DE MSif LE COMTE DE PARTS. 19 

A un autre point de vue, ce qui m'a le 
plus frappé dans votre pays, c'est la puis- 
sante et salutaire influence qu'a exercée 
sur le développement moral et matériel de 
la nation une liberté essentielle, malheu- 
reusement trop peu pratiquée et trop peu 
respectée ailleurs, je veux dire la liberté 
d'association. En effet, l'association réunit 
dans un effort commun les forces indivi- 
duelles qui, trop souvent, sont éparses 
dans les sociétés démocratiques et en 
même temps elle contribue, sur leur sol 
toujours mouvant, à conserver la tradition. 

C'est par la liberté d'association que 
vous vous efforcez de résoudre le grand 
problème des rapports entre le capital et 
le travail. Pour être différentes, les diffi- 
cultés que ce problème soulève ne sont 
pas moins grandes, des deux côtés de 
TAtlantique, et l'expérience d'une nation 
peut être utile à l'autre. Vous avez, 



ni 



20 DISCOURS DE MS»" LE COMTE DE PARIS. 



Messieurs, une foi robuste dans l'avenir 
de votre pays. Vous avez raison, car la foi 
dans Tavenir est une des conditions du 
succès. Je me souviens que, durant les 
épreuves de la guerre civile, mes cama7 
rades avaient coutume de citer souvent 
devant moi un dicton qui vous est familier : 
« Il y a un Dieu pour les enfants, pour les 
ivrognes et pour les États-Unis. » Peut- 
être y a-t-il dans ce dicton une part de 
vérité, mais en ce sens seulement que la 
Providence réserve avec justice ses faveurs 
pour les nations où le nom de Dieu est 
respecté, où les principes du christianisme 
sont considérés comme étant la base de 
l'édifice social, où la foi en la vie future 
et la miséricorde du divin Juge sont con- 
sidérées comme absolument nécessaires 
pour réconcilier Thomme avec les misères 
de sa condition et en particulier avec les 
souffrances inséparables des inégalités 



DISCOURS DK IIP" LE COMTE DE PARIS. 21 



sociales. Cette foi et ces principes sont les 
vôtres. Vous vous les transmettez de géné- 
ration en génération. Us sont la pierre 
angulaire de votre système d'éducation 
nationale. N'agissaient-ils pas, en effet, 
sous l'inspiration des sentiments chrétiens 
les plus élevés, ces jeunes gens qui sont 
venus des Elats du Nord ou de ceux du 
Sud, pour combattre et mourir en volon- 
taires sous le drapeau de la cause qui leur 
avait semblé la plus juste ? 

Avant de nous séparer, que nos pen- 
sées se tournent donc pieusement vers 
ces nobles victimes du patriotisme et du 
dévouement. Unissons-nous, si vous le vou- 
lez bien, pour payer ensemble un tribut 
d'hommages et de regrets aux soldats et 
aux officiers de l'armée fédérale ou de 
l'armée confédérée qui ont trouvé la mort 
sur les champs de bataille; mais félicitons- 
nous en même temps de cette réconciliation 



22 DISCOURS DE US^ LE COMTE DE PARTS." 



glorieuse qui a réuni, dans un sentiment 
d'amour commun pour la patrie reconsti- 
tuée, les survivants de cette terrible guerre. 
Personne ne se réjouit plus que moi 
de cette réconciliation, et c'est pourquoi, 
Messieurs, comme compagnon de vos 
luttes d'autrefois, comme témoin de votre 
prospérité d'aujourd'hui, comme Français, 
comme représentant de cette vieille race 
roj^ale qui a soutenu les premiers pas de 
votre jeune République, je vous demande 
la permission de boire à l'amitié et à la 
prospérité durable des États-Unis et de la 
France. 



DISCOURS 

DE M^'^ LE COMTE DE PARIS 

Q/lu Banquet de Québec^ 

présidé par le maire de la ville, 

le 28 octobre i8go. 



Messieurs, 

En me levant pour vous remercier de la 
santé que vous venez de porter, je tiens à 
vous dire combien mon fils et moi nous 
sommes reconnaissants de votre accueil. 
Vous nous avez reçus comme si nous étions 
des vôtres et ce dernier souvenir nous sera 
particulièrement précieux. Lorsque, dans 
quatre jours, nous partirons pour l'Europe, 
il nous semblera que nous nous éloignons 



PETITE BIBLIOTHEQUE 

HISTORIQUE BT LITTÉRAIRF:. 

Le Père I.acordalr«. par le Duc du Ehuglie. Parit, i88%. 
in-i2 3 fr.SO ■-". 

Lettres de France, de Von V:ïiwK,à sa sœur à Moscou, tra- 
duites par une Russe, avec une itilroduelion par le vicomii 
Melchio» de Vogué, du rAcai'jmie franfaise. Paris, \m% 
in-:^ a Jr. Bû n. 

Ti^É cutluURaobscrvalianimiT liiFi«.ic= de Louis SVI conri^nécsdnm 

Le Fo^te FortnniLt, i»ir Cii. Nisard, de l'InstiUl. Parii, 
tSgb, in-iî .' » tr. M e. 

Cx livre, qui (ui \t iaokt iibvsÎI de M. Ch. NûarJ, il connu ^r loui 

nombnui, voudront lire csite biaeniiliii: pleins àe doisili imr lu fjiiDitlc 
illusLre àa Niaard i.\a\ iaui un tOc si coniidéiable dan< k msiide Univciil- 
laiie. On i ajoulc une b.ihllogciphii; des ouvrsBiis de Ch. Nilllid, (dsCn As 
déisilg piqUEiu et i^ur ta\\ uonicnibrs delo fomîllepaD»iteonn*lire. 

La Journée de Rooroy, par I« Ducd'Avuilb. /'(V-'s,i8go, 
in-ii 8 fr. BO c. 

CEtetltnitituEiBndlivreda Monieigneur leDucd'Auinile.aUf l'histoire 
d» PrIriCH de la malviii de Cmii. lenfinDe raAnirgbIe lédi de II bainillu 
■leRocray.'Nul ne diliiil!e«ïec plus do prieiaion que le Duc d'Awnnle l« 
diTccses phatu d'une bUliilU : en la ifionl on croîraii lire le ricil d'aa 
lémotii QcuUite. 
La Jonriide de Fontenov, par k Duc de Bro^lie. Paris, 

rSgo, in-. 2 S fr. 60 c. 

Le récit ai la bntuille i* FontenGy du Duc de BrD^lie pral fuenilrt 
place A cSiè de la biUille d: Kocrords S. A. le Duc il*Aumnk. L'cutcur y 

distance deui gisnds esprits portant un jugenitni nnalogue «ur ua Je? pUia 

De la formation de l'unité française, par A. I.okghoji, 
metnbre de l'Institut, leçon profcsêcBOCtjlUge :■ ' France le 
4 décembre 1889. Parit, 1890, in-12 1 i--. 50 ^. 

Discours proDDnoés par M^'leComtcDEPiiKisàNcir-Ynrk et 
à Quibat.. l-arii, iSgr, iq-ia Hr. 60 r. 

Lei DOcs de Hontpenster pac Oabsiel Depeyre. Pjr:-. 
i8çij.n-iï 3 ff. 50 

Pari5. OawlmT-Villar? n fiU, 55, qum des Gtandi-Aivniii^iis 



II